A venir : Structures en dérive

Publié le 31 oct. 2025
Miranda Kistler, Batu Dan Banjir, 2024, tapisserie, tricot de coton, laine, monofilament (détail)

Temps de lecture : 3 min

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du 15 novembre 2025 au 1er mars 2026

La Fondation Fernet-Branca présentera Structures en dérive, une exposition réunissant neuf artistes aux pratiques photographiques et transdisciplinaires. À travers une démarche qui articule investigations documentaires et approches poétiques, les artistes invité·e·s utilisent la photographie comme outil d'interrogation et de reconfiguration des structures esthétiques et sociales qui nous entourent, transformant le médium en terrain d’expérimentation. Cette propose de considérer la photographie comme moyen d’apprendre à voir le monde toujours autrement : un monde en mouvement auquel l’image photographique se confronte en tant qu’objet matériel.

Vernissage le 14 novembre, de 17h à 20h

 

Découvrez les 9 artistes qui composent l'exposition :
 

Martin Bilinovac

Martin Bilinovac vit et travaille à Vienne. Ses œuvres picturales sont empreintes d'une grande clarté formelle et d'une rigueur compositionnelle. Des lieux et des objets quotidiens deviennent des mises en scène sculpturales aux couleurs soigneusement choisies. Ce ne sont pas les objets eux-mêmes qui éveillent la perception, mais l'imagination du spectateur qui les active. La photographie elle-même est une scène, un lieu entre le fait et l'imaginaire.
Sa série « Gewächshaus » (Serre) explore la fragilité des équilibres vitaux, où les conditions climatiques deviennent arbitres entre vie et mort. À travers le jeu de transparences du verre, il évoque cet espace-limite vulnérable.

Janik Bürgin

Janik Bürgin vit et travaille à Bâle. Il a suivi une formation de photographe à la Schule für Gestaltung (École d'arts appliqués) de Zurich de 2017 à 2020. Depuis le début de son activité artistique, il s'intéresse au dialogue entre la photographie et la peinture. Un champ de tension qu'il a intensément exploré. L'idée de créer quelque chose qui n'existe que partiellement dans la réalité – ou de transposer la réalité perçue dans un nouveau contexte par des moyens artistiques – le fascinait profondément. Son intérêt ne s'est jamais porté sur la simple reproduction, mais sur le déplacement de la perception : des images qui oscillent entre visibilité et imagination. Dans un monde visuellement sursaturé, où nous pouvons à peine croire ce que nous voyons ou ce qui nous est présenté comme la réalité, Bürgin conçoit son travail comme une tentative de donner de l'espace au ralentissement et à la non-connaissance – comme une contreforme silencieuse au flot permanent d'images et d'informations.

Gina Folly

Gina Folly vit et travaille à Bâle et à Paris. Dans son œuvre, Folly s'intéresse à la photographie, qu'elle étend à de nouveaux formats, matériaux et formes de présentation. Le regard photographique lui sert de point de départ pour analyser et réfléchir sur les environnements et les expériences. Les images, sculptures et installations complexes de Folly traitent des émotions et des relations des gens dans leur vie quotidienne.
Ses œuvres portent sur des situations, des lieux et des objets à travers lesquels l'artiste interroge nos conceptions quotidiennes de la perméabilité et de la délimitation, du naturel et de l'artificiel, ou de l'espace privé et public. La plupart du temps, ce sont les éléments inconsidérés et insignifiants qui retiennent son attention. À travers son travail, l'artiste réagit avec sensibilité et esprit critique aux mécanismes de banalisation et de marginalisation des valeurs, des codes, des systèmes d'images ou des structures politico-culturelles qui influencent et contrôlent nos vies.

La série « Cats » de Gina Folly a été réalisée sur le site archéologique d’Éphèse, en Turquie, où se trouvent les vestiges du Temple d’Artémis. Les chats représentés vivent librement sur le site et sont considérés comme des gardiens informels des ruines.
Gina Folly s’intéresse à la relation entre passé et présent : d’un côté, l’architecture antique en ruine ; de l’autre, la présence animale, vivante.
En focalisant son regard sur ces animaux souvent perçus comme anecdotiques, dans un décor monumental, l’artiste ouvre de nouvelles perspectives visuelles. Elle révèle des détails, des jeux de lumière et de mouvement, et souligne la façon dont ces éléments orientent le regard des visiteur·euse·s.

Mariejon de Jong – Buijs

Le travail de Mariejon de Jong-Buijs, fondé sur le processus, puise son inspiration dans la tradition de la peinture de paysage néerlandaise – une inspiration à la fois physique, née de son expérience de travail dans des fermes, et visuelle, nourrie par une immersion prolongée dans l’histoire du genre.
Plutôt que de représenter le paysage, elle cherche à s’y reconnecter à travers le prisme du souvenir. Ses toiles de grand format se caractérisent par l’usage de couleurs saturées, de formes géométriques, de motifs répétitifs et par des pliages du support. Son œuvre explore une forme d’abstraction conjuguée à un minimalisme géométrique.
Son travail repose sur une attention rigoureuse portée au processus : un déroulement dans le temps, fait d’actions souvent répétitives sur la surface du tableau. Si elle reste attachée à la tradition du support toile, Mariejon de Jong-Buijs explore sans relâche de nouvelles manières d’emmener la peinture au-delà du chevalet. Pour l’exposition, elle présente pour la première fois une œuvre photographique: une installation in situ composée de 730 photographies, qui aborde dans ce nouveau médium les thèmes du processus et de la perception, déjà au cœur de sa peinture.

Martin Widmer

Martin Widmer est un artiste basé à Genève qui travaille principalement avec la photographie et l’écriture. Au cours des dernières années, il a commencé à intégrer les matériaux bruts traditionnellement utilisés dans les processus photographiques – verre, plaques d’aluminium, colle, bois et carton – dans des installations immersives.
Dans ces oeuvres, le spectateur se retrouve littéralement plongé dans l’appareil de l’image. Les textes de Widmer, écrits sous auto-hypnose et guidés par le jeu de cartes Oblique Strategies (développé par le musicien Brian Eno et d’autres), étendent ses explorations visuelles au domaine du langage, établissant un dialogue poétique entre les mots et les images.
Pour la Fondation Fernet-Branca, Martin Widmer combine des oeuvres existantes issues de sa série « Photographic-Protocol » et les complète par de nouvelles oeuvres créées en réponse aux locaux de la Fondation Fernet-Branca.

Miranda Devita Kistler

Miranda Devita Kistler exerce son activité photographique et artistique entre La Haye, aux Pays-Bas, et Glarus, en Suisse. Son travail est motivé par la conviction que la véritable compréhension naît de l'engagement sensoriel et émotionnel. Ses oeuvres explorent la nature, le « plus qu'humain », les paysages et les perspectives écologiques à travers l'engagement sensoriel et les émotions. En mettant l'accent sur l'émerveillement et l'ambiguïté, son travail encourage les spectateurs à redécouvrir et à nouer des liens nouveaux et profonds avec l'environnement.
De plus, ses oeuvres se manifestent dans des installations qui transcendent les photographies pour en faire des objets tactiles et immersifs. Dans son oeuvre « Batu dan Banjir », elle explore l'eau comme une force qui détruit, mais qui donne en même temps naissance à de nouveaux récits et associations. L'érosion est visible dans l'oeuvre non seulement au sens littéral, mais aussi au sens métaphorique. Elle présente l'érosion, mais encourage plutôt le spectateur à lire entre les fissures et à anticiper une nouvelle façon de comprendre et de déchiffrer des récits alternatifs au sein de l'environnement.
S'appuyant sur son héritage culturel pour explorer son lien personnel avec l'élément eau et la manière dont il se manifeste dans les contextes culturels et environnementaux de son histoire familiale, la puissance de l'eau et le processus d'érosion deviennent une métaphore du flux culturel et géographique.

Armin Linke

Armin Linke, né à Milan en 1966 vit et travaille à Berlin et a Munich. L’artiste travaille avec la photographie et le film en mettant en place des processus qui interrogent le médium lui-même, ses technologies, ses structures narratives, ainsi que ses complicités avec des structures sociopolitiques plus larges.
Son œuvre observe la manière dont les êtres humains conçoivent (ou reconfigurent) l’espace et le temps comme formes sociales. Elle formule des questions et des propositions autour de la planification du futur, des interdépendances et imbrications cachées dans les pratiques collectives de conception, ainsi que des déplacements des lieux de responsabilité.
Travaillant à partir de sa propre collection d’images, Armin Linke remet en question les conventions de la pratique photographique et démontre que la photographie n’en constitue pas le point final. « Alpi » est le résultat d'un projet de sept ans sur les perceptions et les visualisations contemporaines du paysage alpin. Avec le chercheur en architecture Piero Zanini et le concepteur sonore Renato Rinaldi, Armin Linke a recueilli des données sur la vie quotidienne dans les Alpes dans quarante endroits de cette région montagneuse qui s'étend sur huit pays. Contrairement à l'iconographie établie des Alpes comme paysage imposant, le film suit les surformations culturelles de la nature.

Julian Salinas

L’artiste vit et travaille à Dornach/SO et Münchenstein/BL. Après une formation de photographe et des études à l’École des arts appliqués de Bâle au département photographie il a occupé divers postes d’assistant en Suisse et à l’étrange. Depuis 1995, il réalise des travaux photographiques et vidéos (outre quelques travaux commerciaux sélectionnés) pour des expositions et des publications. Depuis 2013, il enseigne la photographie d’architecture à l’Institut d’architecture de la FHNW. Salinas est membre de la coopérative Haus Oslo Ateliers, Dreispitz Bâle. Il a reçu nombreuses distinctions et projets dans le domaine de l’art et de l’architecture.
Pour la Fondation Fernet-Branca, Salinas a conçu une intervention autour de la technique historique de la camera obscura. Dans un monde marqué par les images numériques et la surabondance visuelle, ce projet est un signal délibéré en faveur du ralentissement et de l’attention. Il crée un espace de silence et de contemplation, un lieu où la perception devient une expérience physique et sensorielle. À la Fondation la camera obscura est placée dans un contexte contemporain: comme un pont entre la tradition et le présent, entre l’expérience collective et la réflexion individuelle. L’exposition rend visible le lien entre le monde extérieur et l’expérience intérieure et offre aux visiteurs la possibilité de voir le monde – et eux-mêmes – sous un angle inhabituel et transformé. L’installation expérimentale est complétée par d’autres œuvres de l’artiste qui explorent les processus de visualisation et de décomposition dans le matériel photographique.

Christian Werner

Christian Werner est un photographe basé à Berlin. « Ses images comptent parmi les plus passionnantes de la photographie allemande contemporaine », a écrit le critique culturel Adriano Sack à propos de son travail. Depuis la fin des années 1990, il fait partie intégrante du paysage culturel de la ville.
Dans sa série « Gifts from the West », Christian Werner montre comment les développements géopolitiques entre l’Europe de l’Est et l’Europe de l’Ouest se manifestent de manière presque fortuite dans l’espace public. Par exemple, lorsque les symboles de la culture de consommation occidentale s’affichent dans les espaces dits « post-socialistes » et que l’architecture devient le vecteur de couches idéologiques divergentes.
Les photographies de Christian Werner, réunies sous le titre « Celluloid Secrets », sont des images sans auteur, des kaléidoscopes produits par le hasard. Elles sont le résultat d’un accident technique, d’une particularité de la photographie analogique que Werner continue d’exploiter. Espace entre les mots est très irrégulier. Ces images, par leur absence de référent et leur abstraction apparente, peuvent rappeler les photographies générées par intelligence artificielle, dont on parle tant aujourd’hui. Mais c’est précisément en exhibant cette parenté que la série « Celluloid Secrets » souligne ce qui sépare radicalement la photographie analogique de sa version numérique. Les expositions saisissantes de Werner sont des artefacts du celluloïd, des effets de sa matérialité et du processus photographique appelé développement.

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